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«Search Party»: Looking for Dory

Search Party est l’une des dernières productions de la chaîne américaine TBS. Diffusée en France depuis quelques semaines sur OCS, elle s’est imposée dans le petit paysage des dramédies avec une intrigue particulièrement déroutante servie par un format court. Retour sur une série aussi réjouissante qu’inattendue.

Dory mène à New York une vie plan-plan entre Drew son petit ami, ses potes (les insupportables et exubérants) Portia et Elliott, et un boulot d’assistante personnelle aussi ennuyeux que peu gratifiant. Lorsqu’elle apprend la disparition d’une vieille copine de fac, Chantal Witherbottom, elle se lance tête baissée dans une enquête dans l’espoir de la retrouver, convaincue que celle-ci est non seulement vivante, mais surtout en danger.

 

 

Le décor est planté dès le pilote: la vie de Dory est ennuyeuse à mourir. La jeune femme semble coincée dans une routine morne, perdue et peu sûre d’elle comme une enfant qui a grandi trop vite et se retrouve avec des responsabilités d’adulte sans savoir quoi en faire. Pas foncièrement malheureuse, mais clairement pas heureuse non plus.

«It’s just like everybody can tell me what I can’t do. But nobody can tell me what I can do», murmure-t-elle entre deux sanglots lors d’un entretien d’embauche peu concluant: On dirait que tout le monde sait ce que je ne sais pas faire. Mais personne ne peut me dire de quoi je suis capable.

 

Retrouver Chantal est une opportunité que Dory saisit par défaut, parce que c’est là la seule façon de sortir d’un quotidien désespérant. À mesure qu’elle découvre des indices pouvant lui permettre de retrouver sa trace, Dory, grisée par le sentiment d’agir, de faire quelque chose de sa vie, gagne en confiance, semble se libérer… et peut-être se découvrir elle-même, en un sens.

S’il est difficile de ranger Search Party dans une case, plusieurs aspects rappellent l’excellente et bien trop brève Bored To Death (trois saisons entre 2009 et 2011) de Jonathan Ames, dans laquelle Jason Schwartzmann jouait un écrivain en panne d’inspiration et un peu pathétique reconverti en détective privé. Une certaine mélancolie teintée d’ironie se retrouve dans les deux séries (qui se déroulent l’une et l’autre à New York), même si Bored To Death s’engageait dans une voie plus comique et absurde. Search Party, elle, a pris un virage bien différent. Terriblement grinçante et amère, elle parvient à garder un équilibre subtil entre comédie et drame mais aussi entre thriller et satire sociale. Les formidables seconds rôles de Portia, archétype de la blonde gentiment écervelée et Elliott, gay totalement égoïste et imbu de lui-même, sont à ce titre délectables car ils donnent corps de façon très pertinente à des problématiques particulièrement intéressantes: le white-washing dans les médias à travers Portia, lorsqu’elle est castée pour le rôle d’une flic latina dans une série, ou les aberrations du charity business à travers Elliott, créateur d’une ONG pour envoyer des bouteilles d’eau minérale designées en Ouganda.
 

 

Search Party est l’une des séries qui a marqué cette fin d’année 2016, à l’instar de l’excellente Insecure chez HBO. Toutes deux dessinent chacune à leur façon un portrait sincère et juste d’une jeune Américaine aujourd’hui. Un portrait pas forcément agréable à regarder pour le cas de Search Party. Car si cette dernière m’a finalement plu, ce n’était pas gagné d’avance: j’ai été peu convaincue par le pilote et j’irais même jusqu’à dire qu’il m’a agacé… pour la bonne raison qu’il me tendait un miroir. Les protagonistes de la série sont des vingtenaires urbains, la main vissés à leur smartphone, ils vont à des brunches ou à des soirées sur des roof-tops où ils discutent d’un air supérieur d’œuvres de charité et évoquent sur un ton prétentieux leur dernier projet artistique qui ne verra sûrement jamais le jour. Des gens comme on en croise par dizaines dans les grandes métropoles occidentales. Et dont je fais partie sans le vouloir. Qualifier Search Party de série «générationnelle» apparait comme une évidence, et les médias américains ne se sont pas privés d’en faire l’éloge en la présentant justement comme LA série des millenials.
 
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Si j’ai finalement été séduite par cette intrigue sinueuse oscillant entre fous rires et moments glaçants, c’est en partie grâce à l’actrice Alia Shawkat, impeccable de bout en bout dans ce rôle tout en nuances (et qu’on retrouve avec tant de plaisir après Arrested Development). Les dernières minutes de l’épisode final, si éprouvantes (et en un sens terriblement prévisibles, quand on y regarde de plus près, mais je n’en dirai pas plus), clôturent cette première saison menée avec audace et habileté… et qui laisse présager une seconde saison particulièrement intéressante.

 
À lire aussi sur The Daily Beast : Alia Shawkat’s ‘Search Party’: Finally, a Show About Millennials That Isn’t the Worst

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