«LGBT Talents» – Retour sur une journée consacrée aux enjeux LGBT en entreprise

J’ai assisté ce samedi 25 mars à la journée LGBTTalents organisée par l’association ESCAPE qui se tenait à l’ESCP Europe. Il s’agissait d’une journée de conférences et d’ateliers consacrés aux questions LGBT dans l’entreprise, avec un large panel d’intervenant.e.s issu.e.s du monde de l’entreprise, mais aussi des journalistes, des militant.e.s ou encore des politiques (voir la programmation).

Je m’y suis rendue avec l’envie de voir ce que mettent en œuvre les entreprises qui se décrivent comme inclusive et LGBT-friendly, mais aussi comment elles en parlent et communiquent sur le sujet. Ma crainte était d’arriver dans un événement où le public serait en grande majorité composé d’hommes gays cisgenres, et que les problématiques spécifiques aux lesbiennes, aux personnes bisexuelles et trans seraient occultées. J’ai été très agréablement surprise de voir que, pour ce qui est des questions trans, elles ont été abordées non seulement à plusieurs reprises, mais que ce sont les premières concernées qui se sont exprimées. Les militantes Chloé Avrillon et Stéphanie Nicot étaient présentes, de même que la journaliste et ancienne chroniqueuse du Grand Journal, Brigitte Boréale. La question du coming-out en entreprise quand on est une personne trans était bien sûr centrale, mais a été aussi abordée celle du changement d’état civil et des difficultés à obtenir des papiers conformes à son genre.

Point intéressant qui est revenu à plusieurs reprises au cours de la journée: plusieurs intervenant.e.s ont évoqué la « frilosité » ou la « timidité » de la France sur la notion de communauté. Une critique intéressante de l’idée de « communautarisme » et de la peur qu’elle génère – une spécificité bien française – qui rejoint ce qu’a aussi répété la militante Chloé Avrillon, à savoir que l’administration française est extrêmement en retard sur les questions LGBT. Aujourd’hui, les progrès en matière de respect et d’inclusion sont visibles justement dans les grands groupes internationaux car l’impulsion provient des pays anglo-saxons qui sont généralement plus en avance sur ces dynamiques de diversité.

J’ai aussi constaté qu’il y avait une forme d’honnêteté de la part de certains intervenant.e.s sur le fait de valoriser leurs actions en faveur de la diversité dans leur entreprise. Qu’ont-elles à gagner en favorisant le respect des employé.e.s LGBT, en mettant en œuvre une politique d’inclusion? De la performance, évidemment. Il serait naïf d’y voir seulement de la générosité d’âme ou un réel intérêt pour les problématiques des personnes LGBT. Concrètement, on en arrive à cette formule: Un employé qui peut être out au travail = un employé heureux = … un employé performant. Et comme l’a affirmé avec une pointe de cynisme (assumé) Jean-Marie Boutin d’Accenture durant la première conférence, si un employé quitte l’entreprise parce qu’il ne s’y sent pas bien, qu’il ne peut pas être lui-même, «c’est une catastrophe en termes de business et de cash flow». Comprendre qu’un employé/collaborateur malheureux, c’est un élément qui part et donc une perte financière et un frein à la productivité globale de l’entreprise.

En terme de représentativité, j’ai eu tout de même une certaine déception quant à l’invisibilisation systématique des personnes bisexuelles. Ne pas voir de table ronde ou d’intervenant.e.s spécifiques sur cette question était (malheureusement) assez prévisible, mais plus d’une fois, j’ai entendu les intervenant.e.s parler d’homosexualité et de transidentité, ou du fait d’être homo ou trans… en « oubliant » de façon systématique d’inclure la bisexualité ou le fait d’être bi. Comme si les personnes bies n’étaient finalement pas si concernées par les discriminations ou par les questions de coming-out sur le lieu de travail. Breaking news: elles le sont, et ne pas en parler renforce une fois encore l’invisibilisation constante. Si j’avais une recommandation à faire à l’équipe organisatrice, ce serait de faire lors d’une prochaine édition un focus sur les spécificités des questions bisexuelles sur le lieu de travail (sur le sujet, un bon article du Guardian).

Pour un aperçu des prises de paroles au cours des LGBTTalents :

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